J’ai été un peu surpris du ton employé par le président de la FTQ, Michel Arsenault,
pour dire qu’il était contre une enquête publique dans l’industrie de la construction.
«Un gros show pour les médias», une «baloune», et ça n’aurait jamais rien réglé, selon lui.
Il oublie Gomery, la CECO, la commission Cliche, etc, mais bon, la FTQ préfère l'ignorer...
Le grand patron de la FTQ, s’il l’avait pu, aurait craché par terre, au pied des journalistes.
Il était doublement furax M. Arsenault. En syndicaliste professionnel, il s'était rendu à Québec
pour répéter que, récession ou pas, déficit ou pas, ou peu importe les objections des «cons-tribuables»,
il fallait, coûte que coûte, augmenter les salaires dans le secteur public québécois.
«Le secteur public n'a pas à faire les frais de la crise», a insisté Claudette Carbonneau, de la CSN.
Seulement les cons du privé? On y reviendra...

Mais son message, M. Arsenault n’a pas pu le faire passer.
Un message archi connu mais, bon, quand l’aristocratie ouvrière le répète, on écoute, c’est important,
mais faut-il se laisser emplir à chaque fois comme des cruchons? Loin s’en faut, comme on dit à Maniwaki.
Enfin bref, Arsenault, à qui on obéit habituellement au doigt et à l’œil, était donc de mauvais poil.
Et quand on lui a demandé ce qu’il pensait d’une enquête publique dans le joyeux royaume de la construction, il a dit No way, body!
On le sait, M. Arsenault est un ami de Tony Accurso.
Un bon ami même. Il est allé sur son bateau et a fait des affaires juteuses avec lui.
Mais aujourd’hui, de ça non plus M. Arsenault ne veut pas parler.
Une enquête nous mènerait-elle sur ce foutu bateau?
Ce qu’il voudrait M. Arsenault, c’est qu’on boive ses paroles sans rien dire.
Qu’on le croit d’emblée. Qu’on le respecte comme un parrain.
Qu’on ne le fasse pas chier avec des questions insistantes.
Dans ses réponses, il y avait tant d’exaspération qu’on aurait dit du mépris.
Pas seulement un mépris envers la presse parlementaire, peut-être la moins docile qui soit.
Même si toute la société civile réclame une enquête publique sur les abus évidents du bien public,
la FTQ, à commencer par son patron, dit No way, body.
Moi, comme mes voisins, mes amis, mes parents, mon garagiste, la femme du dépanneur,
la préposée de Loto-Québec, le gars du ménage au parlement,
les fonctionnaires dans l’ascenceur, les gars du débosseleur de Limoilou,
et les clients de la table à côté au casse-croûte, je pense qu’il y a quelque chose qui ne va pas.
Le Québec sent mauvais. Pas juste à Boisbriand. Pas juste à Montréal.
Mais Jean Charest et Michel Arsenault ne sentent rien; ils se pincent le nez mutuellement.
C’est vraiment beau de voir ça. Une complicité apolitique, admirablement libérale...
Dans le sens libératoire du terme, qui les libère de leurs obligations de leaders sociaux.
Accurso doit être content de son ami…
Mais, vous en faites pas M. Arsenault, les Québécois continuent de croire que ça pue...